Le problème, soi-disant tsigane, est un des problèmes ethniques essentiel des démocraties en cours de transformation de l’Europe centrale et orientale. Cette minorité est souvent victime des préjugés et de discrimination dans la région, or c’est le groupe social le plus défavorisé dans tous ces pays et le processus du passage vers une société démocratiques lui apporte de nombreux désavantages. Pourtant, la pression d’assimilation envers les Tsiganes pendant le régime socialiste était importante : le plein-emploi leur offrait des possibilités d’emplois et un minimum élémentaire de protection sociale, ainsi que l’intégration partielle à la société. Aprés les changements dans les années 1989-1990, la minorité tsigane fut affectée par le chômage pour plusieurs raisons : ils avaient un niveau d’éducation inférieur, ils vivaient dans des régions économiquement défavorisées et devaient subir les résultats de la discrimination de la majorité. Le niveau social des tsiganes s’est ainsi rapidement détaché de la norme régionale et leur intégration est par la suite devenue difficile. Néanmoins, ils existent dans ces pays de nombreuses initiatives civiques, locales, qu’internationales, comme les programmes de la construction mobilière, le mouvement pour les droits des Tsiganes, les programmes d’emplois, etc.
Perspective historique
La plupart des Tsiganes qui vivent aujourd’hui en République tchèque sont venus de Slovaquie dans les années 1945-1993. On estime qu’après la Seconde guerre mondiale il y a seulement 600 personnes des habitants tsiganes de Bohème et de Moravie qui ont survécu.
• Une première vague de Tsiganes a immigré après la Seconde guerre mondiale des pays environnant (notamment de Slovaquie). Ils sont venus nombreux chercher un logement et du travail dans des régions frontalières abandonnées par les populations allemandes. Ces familles gardaient leurs traditions et leur langue. Certains se sont bien intégrés à la population et leur coexistence n’a pas posé de problèmes. • Une deuxième vague d’habitants tsiganes est venue dans les années 50 et 60 alors que les besoins de main d’oeuvre ouvrière étaient importants. Il s’agissait cette fois surtout de jeunes hommes avec leurs familles. Ces derniers fondaient de nouvelles communautés et essayaient de s’intégrer. Cette coexistence a pourtant engendré de troubles au sein de la société qui subsistent jusqu’à nos jours. Or, cette période est marquée par les origines de la destruction de la culture tsigane en République Tchèque. En 1958, on a adopté, par exemple, une loi interdisant le mode de vie nomade, ce qui était pour la minorité tsigane le signe d’une discrimination. Cette loi a été abolie en 1998. • Une troisième vague de Tsiganes a immigré dans les années 70 dans le cadre du projet de « dispersion de la population tsigane ». Le gouvernement tchécoslovaque a effectué dans les années 1945-1967 plusieurs tentatives visant a résoudre la question tsigane en évaluant la situation géographique de cette ethnie et en proposant donc ensuite une stratégie de « dispersion ». Il était alors envisagé de déplacer ceux qui se trouvaient dans les périphéries slovaques vers le centre industriel de Bohème. Dans un deuxième temps fut réalisé le plan de « l’amélioration de l’hygiène et du milieu culturel » des minorités. Comme il était question d’un déplacement involontaire de leur part dans les régions complètement inconnues, cette immigration apportait des problèmes liés à la perte de leur identité culturelle. Et c’est donc notamment ce groupe des Tsiganes qui connait aujourd’hui les plus importants soucis en matière de coexistence avec la population locale.
La structure interne de la minorité tsigane
En discutant du groupe tsigane, il est ensuite nécessaire d’ajouter des éléments sur leur structure interne. Ils se divisent eux-mêmes en plusieurs groupes. Il existe en tout en République tchèque quatre branches : les Tziganes slovaques (3/4 de l’ensemble), les Tziganes hongroise(presque ¼), les olašská (Vlachike Roma – environ 30 000) et les Roma-Sinti (quelques familles). Les Tsiganes prennent souvent en mal, qu’aucune différence soit faite entre ces sous-ensembles. Les groupes mentionnés cohabitent peu. Leurs origines historiques sont différentes. Il arrive aussi que les relations entre les différentes branches soient même hostiles. Le fait que la majorité ne prend absolument pas en compte ce système de stratification sociale fait que la communication échoue sur cette incompréhension.
Le nombre des Tsiganes en République tchèque La population tsigane en République tchèque est aujourd’hui estimée à 200 000 ou 250 000 personnes. Toutefois, ce nombre ne peut pas être déterminé exactement pour plusieurs raisons. Ce n’est qu’en 1991 qu’il est devenu possible d’exprimer librement au cours des recensements sa nationalité. Les citoyens pouvaient donc pour la première fois depuis la fin de la guerre introduire une nationalité tsigane et la langue maternelle tsigane. Cependant, la majorité des Tsiganes n’a pas profité de cette possibilité a cause d’appréhension de discrimination. C’est pourquoi les données obtenues en République tchèque pendant les recensements ne sont pas exhaustives. En 2001, on n’avait recensé que 11 746 personnes de nationalité tsigane en République tchèque, ce qui justifie donc le manque de fiabilité de ces données. L’attitude du gouvernement
De nombreux programmes d’intégration de la population tsigane à la société tchèque ont été mis en place par le gouvernement et par l’Union européenne. Il s’agit des projets d’insertion professionnelle, de projets éducatifs, de projets mobiliers, de projets de rencontres culturelles, etc. Dans le dernier temps, il est aussi pratiqué un système de discrimination positive envers la minorité tsigane. Ils sont souvent embauchés comme assistants sociaux, conseillers tsiganes, lcomme assistants pédagogiques, « streetworkers », etc. A partir du Congres de Prague en 2000, est mis en place le Parlement rom de l’Union romani internationale conjuguant pour les élus une responsabilité avec une implication géographique. En 2004, un Forum européen pour les Rom (organisme consultatif) est lancé.
La pression de l’Union européenne sur le traitement des minorités
Alors que l’union européenne compte dorénavant 27 Etats et a l’heure ou chacun cherche un fondements culturels communs à tous les Etats de l’Union européenne, il semble important de parler des minorités, car celles-ci font partie intégrante de la construction d’une « culture européenne ».
Apres avoir longtemps été oubliées sinon occultées, les minorités sont depuis quelques années au coeur de l’agenda politique ; sociologues et médias sont de plus en plus nombreux à recourir aux problèmes des minorités dans leurs analyses. C’est tout particulièrement le cas en Europe ou, de nos jours, une bonne protection des minorités apparaît de plus en plus comme le signe principal d’une société démocratique. Lorsque, après la chute des régimes communistes, l’Union européenne a cherché à poser des critères d’intégration pour les nouvelles démocraties nées du démembrement de l’Union soviétique et de la Yougoslavie, elle s’est tout naturellement appuyée sur le respect des droits humains. Elle s’est plus particulièrement préoccupée du droit des minorités tel qu’élaboré et entériné par le Conseil de l’Europe et l’Organisation de la sécurité et la coopération en Europe. L’acte final de la conférence d’Helsinki de 1975 (CSCE) comportait une déclaration entérinant le principe d’une protection pour les minorités. A partir des années 1980, l’affaiblissement de l’URSS rend possible une nouvelle approche de la question (CSCE de Vienne (1986-1989) ). La conférence d’Helsinki de 1992 a permis d’instaurer un poste de haut commissaire pour les minorités nationales. Personnalité indépendante jouissant d’une grande expérience en matière de minorités, celui-ci agit de son propre chef avec autorité et est mis en mesure de faire face a des situations d’urgence. Des les années 1980, le Parlement européen s’était préoccupé de la protection des langues et cultures régionales. En 1991, étant appelée à s’ouvrir vers l’est, l’Union européenne a due, en toute hâte, poser des conditions d’adhésion. Le choix se porta sur le droit des minorités de la CE. Le Pacte de stabilité, né sur proposition française (plan Balladur de 1993), vise ainsi à désamorcer les tensions nationales en Europe centrale et orientale en assurant le respect du droit des minorités selon les termes de la Convention - cadre. Pour le règlement de litiges, c’est le recours à la procédure de l’OSCE qui est prévue et le suivi des engagements lui est aussi confié.
Avec des effectifs 20 à 25 supérieurs aux chiffres déclarés, les Tsiganes posent un problème social et diplomatique pour la République tchèque. La communauté internationale réagit de manière très critique à la décision de Prague de refuser la citoyenneté tchèque à plusieurs milliers de Rom et la construction de mur de séparation a Ustí nad Labem entre les Tsiganes et le reste de la municipalité. Pour améliorer l’image du pays, les autorités tchèques ont corrigé les cas de discrimination les plus mal vus, ont intégré le président du Conseil des affaires rom au Conseil des ministres et ont cherché a faire accepter l’idée que le problème tsigane est un problème européen, dont la solution relève de l’Union européenne.
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© Lycée Français de Prague - 2007 Dernière mise à jour : jeudi 20 mai 2010